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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 16:44

Bienvenue au Club Med de Yabuli, sa formule "all inclusive" (tout compris) inédite dans le pays, ses activités sportives et son impressionnant catalogue de loisirs pour longues soirées d'hiver dans ce coin perdu du Nord-Est de la Chine où, en décembre, le soleil se couche à 16h15.

 

Mais puisque la plupart des visiteurs ne passent pas plus de trois jours sur place, il n'y a pas de temps à perdre. Revigorés par la tasse de thé chaud qui leur a été servie, les néo-GM sont devenus plus volubiles. Après avoir mitraillé avec leurs appareils-photos le hall d'entrée et ces drôles d'animateurs tous vêtus du même tee-shirt violet, ils ont vite fait de s'égailler vers leurs chambres.

Ouvert le 27 novembre, le village de Yabuli, le premier implanté en Chine par le Club Med, veut devenir la destination pour les sports d'hiver. Cette doyenne des (rares) stations de ski chinoises peut difficilement être classée, malgré son surnom de Sun Mountain (la montagne du soleil), dans la catégorie "village riant et typique niché dans la vallée". Yabuli se mérite.

Pour y accéder, on peut tenter la route, à condition qu'elle ne soit pas barrée (dans ce cas, camions et voitures empruntent la quatre-voies à contresens pour rebrousser chemin). Ou opter pour le train avec un tortillard bondé datant de Mao, qui offre au visiteur étranger l'occasion d'une plongée dans la Chine profonde mais ne ravira pas forcément le vacancier exigeant et pressé. De nouvelles liaisons ferroviaires, plus confortables, sont annoncées.

Une fois parvenu sur place, pas question de prendre le thé en terrasse ou de skier en tee-shirt. Nous sommes aux confins de la Sibérie, à moins de 200 km de Vladivostok. Pas de maisons de bois mais de larges constructions en béton à la chinoise, ni belles ni laides mais massives.

Ici, le vertige des sommets ne menace personne. Au pied de la douzaine de pistes, l'altitude atteint 470 mètres et les deux collines audacieusement désignées Peak One et Peak Two – ce dernier inaccessible car réservé aux exercices de l'armée – culminent à 1 000 mètres.

Le froid persistant et le déploiement d'une armada de canons à neige, car le climat est plutôt sec, permettent de skier jusqu'à fin avril. Aux esthètes du planter de bâton, les experts signalent que la neige chinoise, brassée par un petit vent qui mérite à plus d'un titre le qualificatif de sibérien, est très légère.

S'ARMER DE PATIENCE

Ces considérations n'affectent que très modérément les skieurs chinois. Si le Club Med, associé à un partenaire chinois, a jeté son dévolu sur cette station du bout du monde, c'est que les sports d'hiver, activité quasi inconnue, constituent désormais une discipline très en vue dans un pays qui découvre en mode accéléré l'industrie des loisirs. Skier sonne comme une forme d'exotisme chic.

"Les Chinois sont friands de tout ce qui est nouveau et apprécient au plus haut point les signes extérieurs de statut social. Dès lors, pratiquer le ski vous pose immanquablement comme quelqu'un ayant réussi dans la vie", raconte Bertrand Camus, un professeur de ski qui connaît les stations de sports d'hiver du pays pour avoir tenté d'y jeter les bases d'une école de ski nationale.

A vrai dire, la marque au trident n'est pas tout à fait inconnue dans l'empire du Milieu. Ses villages de Malaisie, des Maldives, de Thaïlande, de Bali ou du Japon auront drainé cette année quelque 35 000 visiteurs venus de Chine populaire.

Principalement destiné à l'énorme marché national, Yabuli voit les choses en très grand. Le village, estampillé "quatre tridents" par le Club et donc clairement positionné dans le haut de gamme, regroupe au total 519 chambres (les plus petites occupent 36 m2 alors que la moyenne du Club est de 27 m2) dont 16 suites. L'architecture intérieure est monumentale ("palatiale", assurent modestement les concepteurs) et, outre une piscine et un spa, a été aménagée une vaste salle qui accueille les spectacles chers à la tradition Club Med, y compris ceux de son école du cirque.

Même lorsque l'on revendique le "multiculturalisme", devenir un des organisateurs de vacances préférés des Chinois exige d'abord de s'adapter à leurs us et coutumes. A commencer par la pratique des sports d'hiver. A Yabuli, les deux tiers des inscrits à l'école de ski sont de complets débutants qui, souvent, n'ont jamais vu la neige. "Il faut s'armer de patience car il n'existe pas dans ce pays de réelle tradition de glisse", fait remarquer Mathieu Desbiens.

"Les Chinois adultes ne sont pas très sportifs ni toniques : pour certains, enfiler leurs chaussures de ski est déjà un challenge", constate ce jeune moniteur venu du Canada. Il leur apprend d'abord à marcher avec leurs lourdes bottes aux pieds, puis à chausser un ski et, ensuite seulement, l'autre.

En trois jours, difficile de faire mieux qu'un chasse-neige, à moins d'opter pour des cours particuliers. Heureusement, l'aire d'arrivée est large comme une autoroute, ce qui limite les risques de collision, et les tire-fesses ont été bannis. Trop techniques, ils ont été avantageusement remplacés par des tapis mobiles baptisés "tapis magiques" qui, installés en file, permettent de se hisser jusqu'à mi-pente sans risquer de provoquer de chutes collectives.

Le Chinois n'est peut-être pas très doué à ski, mais il témoigne d'une volonté chevillée au corps. Quitte à jouer des coudes, voire à bousculer les autres pour accéder aux cabines du petit téléphérique et supporter, stoïque, les rigueurs climatiques de l'endroit. Pour faire ses débuts sur skis par -10 °C, il faut vraiment en vouloir.

En ce début décembre, cela ne peut s'envisager, même par grand beau temps, que le visage entièrement protégé, bien abrité de ces tourbillons qui vous mordent les joues. "Ce n'est pas la température extérieure qui est gênante, c'est ce petit vent glacial, mais on s'amuse quand même !", confirme Qing Ping, jeune fille venue de la province du Jiangxi, en hurlant à travers son passe-montagne rose.

"Je ne suis tombée qu'une fois", s'encourage l'une de ses amies, sur le point de partir pour la première fois à l'assaut du "tapis magique". Les mains crispées sur ses bâtons, la jeune fille qui ne doit pas apercevoir grand-chose derrière son masque couvert de buée part dans un rire un peu forcé qui doit probablement l'aider à se réchauffer.

Un peu plus loin, un père de famille qui tient son fils par la main livre le fond de sa pensée : "Si on aime vraiment faire de l'exercice, alors le temps ne doit pas être un problème." On dirait un proverbe chinois. Magnanimes, les moniteurs de Yabuli, qui portent le même anorak rouge que leurs homologues français, ont tout de même décidé de réduire la durée des cours collectifs de trois heures, standard des séances dans les autres stations, à deux heures trente. Personne n'a protesté.

En Chine comme ailleurs, la recette Club Med ne se résume pas aux seules activités de plein air. "Les sports d'hiver, c'est bien. Mais j'avoue que nous sommes d'abord venus pour prendre du bon temps", admet Ron Chaang, 38 ans. "Bien boire, bien manger" : c'est ainsi que ce malais d'origine, directeur du marketing d'un centre… d'amaigrissement installé à Shanghaï, définit son programme pour les 72 heures qu'il s'apprête à vivre sur place. Sa femme, Selene, 28 ans, compte "surtout beaucoup s'amuser".

Au Village, outre que les horaires d'ouverture de la vaste salle de restaurant ont été avancés pour s'adapter aux habitudes chinoises, la volonté de coller aux réalités se traduit aussi de manière plus roborative. "Nous avons prévu de grandes assiettes car je peux vous assurer qu'ils ont un solide appétit", insiste Philippe Gerbex, responsable de la restauration au Club Med pour la région Asie-Pacifique.

Le front soucieux, il slalome entre les buffets pour s'assurer que rien ne manque, en particulier dans la partie "cuisine chinoise", littéralement prise d'assaut. En revanche, les spécialités japonaises, coréennes et occidentales rencontrent nettement moins de succès. Quant aux fromages français, ils font un four.

KARAOKÉ À GOGO

A côté de ses activités habituelles (l'école du cirque ou les spectacles des GO), ce premier Village chinois ne pouvait faire l'impasse sur deux passe-temps sacrés. Considérées comme un véritable produit d'appel, les tables de mah-jong de Yabuli sont rarement inoccupées. Pourtant une partie de mah-jong sans mise n'est plus vraiment une partie de mah-jong. "On peut jouer de l'argent ?", hasarde un équipier. Réponse polie mais négative d'un GO. Il n'est cependant pas exclu que la "VIP mahjong room", discrète petite pièce privative accessible sur réservation, accueille quelques parties intéressées.

L'autre grand classique de la Chine en goguette est le karaoké. Le Club Med (un nom, de surcroît, facile à prononcer par les Chinois) en fait un autre argument-massue. Il propose un écran géant et, surtout, des cabines semi-circulaires où l'on se rassemble en petits groupes pour reprendre en chœur les tubes de la variété chinoise.

Lors de la soirée d'ouverture, le succès fut tel qu'il fallut changer à trois reprises les piles des micros. Loin d'être épuisés par leurs exploits skis aux pieds, les hôtes du Club Med se réunissent le soir au Forest Bar, à la moquette presque aussi épaisse que la poudreuse des pistes de Sun Mountain.

Là, dans une ambiance survoltée, se mêlent cliquetis des jetons de mah-jong, bruit mat des boules de billard qui s'entrechoquent, échos assourdis du karaoké et cris stridents des participants aux séances dites de "crazy signs", chorégraphies musicales collectives organisées par les GO. Grosse ambiance.

Au fait, qui sont ces gentils membres chinois auxquels la journée au Club est facturée, en moyenne, près de 170 euros alors que les autres villages d'Asie ne dépassent pas 140 euros ? A Yabuli, on peut croiser des enfants de 6 ans jouant avec leur i-Pad et voir des skieurs ayant à peine atteint le niveau "Flocon" débarquer sur les pistes en combinaison de compétition high-tech. En revanche, point de ces "nouveaux très riches" qui friment dans les embouteillages de Pékin en Ferrari.

La cible commerciale, ce sont "les familles à hauts revenus", des 30-40 ans qui ne représentent qu'une partie infime – quoique croissante – de la population mais constituent une source de gain tout à fait tangible. Henri Giscard d'Estaing, PDG du Club Med, s'en fait une idée très précise. "L'objectif est de toucher 5% à 7% des 0,2% de Chinois les plus riches", explique-t-il. Autrement dit, 200 000 clients répartis à travers cinq villages à l'horizon 2015.

"L'ESPRIT CLUB"

Cette génération spontanée de GM n'apporte pas seulement son pouvoir d'achat. Elle offre aussi une nouvelle jeunesse au folklore Club Med, cette institution tout juste sexagénaire en perte de vitesse sur ses terres d'origine. "Les Chinois veulent profiter de tout et accourent dès qu'un spectacle ou une animation est organisé, alors qu'en Europe, les activités interactives fonctionnent moins bien", se félicite Christian Noret, le chef du Village de Yabuli.

"C'est un peu comme si on se retrouvait de nouveau face à des Européens des années 1950-1960. Ils peuvent enfin s'offrir de vraies vacances et vont les prendre chez nous", jubile Henri Giscard d'Estaing.

Les GO chinois sont au diapason. Malgré une rémunération (à peine plus de 300 euros mensuels) bien inférieure à celle des autres GO du Village, les gentils organisateurs du cru n'ont pas été longs à s'imprégner de "l'esprit club" et se sont transformés en boute-en-train. Ce nouveau métier a même bénéficié d'une promotion inattendue par le biais d'un soap opera coréen. Tournée dans le village de Bali, cette série télévisée très populaire en Chine, qui contait les amours d'une GO employée dans un certain "Village July", a visiblement éveillé des vocations. Même si l'architecte d'intérieur basée à Shanghaï qui a œuvré à Yabuli est Margaux Lhermitte, nièce de Thierry Lhermitte, envisager un remake chinois des Bronzés serait toutefois un peu prématuré.

 

Par Jean-Michel Normand

 

Plan des pistes: http://www.chine-informations.com/usb/images/upload/dt.jpg

亚布力滑雪旅游度假区: Yabuli Ski Resort

Plan des pistes en PinYin: http://www.visitourchina.com/guide/china_ski/yabuli_map.jpg

Vu réelle des "Sommets" http://www.fisu.net/medias/images/130307_yabuli.jpg

 


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Published by Pierre - dans Voyages en Chine
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